Forum des médias
de Tokyo : En résumé
Arrière-plan
L’Ambassade britannique de Tokyo, en coopération
avec la Fondation pour les études supérieures
dans le domaine du développement, organisa le
19 novembre dernier un forum de discussion sur la façon
d’optimiser le profil de l’Afrique au Japon
ainsi que dans les autres pays du G8. Ce forum, organisé dans
le cadre des travaux de la Commission pour l'Afrique
cherchant à rassembler des experts de l'Afrique
du monde entier, fera l’objet d’un rapport
qui sera lui-même intégré dans
le rapport final de la Commission. Ce dernier est prévu
pour le printemps 2005.
Participants
Participèrent à ce forum : l’Ambassadeur
britannique (président), 3 ambassadeurs africains,
des représentants de la presse écrite
japonaise (Asahi, Mainichi, Nikkei, Sankei, Daily Yomiuri),
des services câblés (les services de presse
Jiji et le journal de Kyodo), des journalistes-présentateurs
(NHK et TBS), de la presse spécialisée
(l’International Development Journal), du secteur
des ONG (CSO Network Japan, Peace Winds Japan, le Japan-Africa
Forum, le TICAD Civil Society Forum), des académiques
(FASID) et du secteur privé (Body Shop Japon).
Le débat
Problèmes
Une présentation des ONG nous a fait comprendre
la difficulté des collectes de fonds au Japon,
tout particulièrement lorsqu’il s’agit
de l’Afrique. Dans ce pays, une corrélation
directe peut être observée entre la présence
médiatique et les sommes versées.
D’autres organisations ont mis l’accent
sur la nécessité d’une couverture
médiatique plus positive afin d'offrir une perspective
générale et de chasser l'aspect irrémédiable
de la situation. L'Afrique a connu de nombreux succès
(ex. : fin de l’apartheid, faible coût
du traitement contre le sida) et nombreuses sont les
possibilités d’investissement. La couverture
médiatique actuelle est trop ciblée sur
les désastres et catastrophes naturelles : une
fois dissipés, la couverture disparaît
avec eux.
Quelqu’un a soulevé le problème
du manque d’intérêt des Japonais
en ce qui concerne la situation internationale. Ce
problème ne se limite pas à l'Afrique.
Il ne se limite pas non plus au Japon. A certains endroits
des Etats-Unis, l'intérêt que portent
les gens aux actualités ne dépasse pas
le niveau régional.
Côté média, nous avons entendu
dire que la couverture médiatique de la région
Afrique est onéreuse, à la fois en termes
de temps et d’argent. Certaines agences de presse
japonaises traitent du sujet africain depuis Londres
(ex. : NHK), d’autres depuis l’Afrique
du Sud et une autre depuis Nairobi (l’Asahi).
Pour un grand nombre d’entre elles, tout particulièrement
celles basées à Londres, les durées
de vol constituent un grand désavantage (de
nombreuses destinations n’étant desservies
que vers un point de transit, à partir duquel
un vol de connexion vous mène à bon port).
Rares sont les reportages justifiant de tels coûts.
A ces désavantages certains s'ajoutent les
risques et les dangers rencontrés lors du déplacement
dans certains pays, ainsi qu'une bureaucratie africaine
souvent peu coopérative.
Certains soulignèrent le fait que bien souvent
les journalistes spécialisés sur le sujet
Afrique doivent se battre pour faire figurer leurs
articles parmi les actualités. D’autres
rédactions, ayant pourtant des priorités
différentes, agissent également de la
sorte.
L’intérêt des médias japonais
suit l’intérêt politique. Lorsque
le Premier ministre Oguchi lança l’initiative
sur l’Afrique, cela déclencha un véritable
intérêt médiatique. Il suit également
les questions liées aux différentes puissances économiques
(intérêt portant principalement sur les
Etats-Unis, la Chine et la Corée).
La fin de la Guerre Froide fit remonter en surface
de nombreux problèmes/conflits entre différents
pays au niveau mondial. A l’heure actuelle, des
pressions encore plus importantes justifient une couverture
médiatique. Seules les histoires les plus « médiatiques » font
la une et qui veut dire « médiatique » sous-entend
bien souvent mauvaises nouvelles (et pas seulement
en Afrique). Un exemple : l'Afrique du Sud perdit son
aspect médiatique à partir du jour où elle
est devenu un pays « normal ».
Mais l’intérêt ne suffit pas, les
journalistes japonais ont bien souvent des difficultés
d'accès. Dans le passé, NHK a plusieurs
fois demandé à réaliser des entretiens
avec Nelson Mandela et Desmond Tutu, tout ça
pour se les voir refuser à plusieurs reprises.
Sans compter que la programmation est parfois négligée
en raison de la concurrence entre les chaînes.
En effet, avec 5 chaînes (NHK), il est difficile
d'attirer l'attention du public. Des programmations
saisonnières permettent de contourner le problème.
Les journalistes ont tendance à se spécialiser
dans certaines régions. Aussi, compte-t-on de
moins en moins d’experts sur différents
sujets tels que le VIH/Sida et les conflits.
Suggestions/Solutions
Il n’est pas question ici de deux entités
distinctes. D’où la nécessité de
trouver des points communs entre les Japonais et les
habitants du continent africain et de mettre l’accent
sur les aspects de la vie africaine parallèles
aux mœurs japonaises afin d’encourager la
prise de conscience et l’intérêt
du public. Les histoires à caractère
humain prennent plus facilement leur place dans la
presse locale. Aussi, par exemple, les volontaires
de la Coopération japonaise à l’étranger
pourraient, à leur retour, raconter leur expérience
dans les journaux locaux.
Pour donner une image plus positive de l’Afrique,
nous nous devons d’être plus proactifs
et plus adeptes à trouver de nouvelles opportunités,
que ce soit au niveau des actualités, mais également
en matière de finances/commerce et de mode de
vie. Une campagne menée par Body Shop Japan
visant à mettre en lumière les communautés
africaines à l’origine des différents
ingrédients, connut un véritable succès
grâce, notamment, à une grande émission
télévisée consacrée aux
modes de vie qui lui assura une importante couverture
médiatique.
Les Ambassades africaines à Tokyo envisagent
l'ouverture d'un centre polyvalent capable de fournir
des informations relatives aux investissements, aux
voyages, au tourisme et bien d'autres domaines. Il
permettrait de combler certaines lacunes à l'origine
des difficultés rencontrées par les médias
opérant sur le territoire africain (problèmes
de visa, etc.) et de promouvoir les échanges
culturels.
Les ONG doivent comprendre et réaliser l’importance
des médias. Une campagne visant à la
prise de conscience du public quant à la question
de la pauvreté dans le monde (inspirée
par la campagne britannique "Make Poverty History")
est actuellement en cours de réalisation avec
l’appui de l’une des plus grandes agences
publicitaires. Elle cherche à impliquer à la
fois les jeunes et des célébrités.
Conclusion
Les médias ont un rôle important à jouer
dans la promotion de l’Afrique auprès
du monde développé. Mais ils ne sont
pas les seuls à devoir intervenir pour présenter
au public les différentes facettes de ce problème
complexe. Les individus impliqués dans la question
de l'Afrique doivent trouver différents moyens
d'aider à plus grande échelle les journalistes
impliqués dans la couverture médiatique
du continent.
Nous voulons faire mieux connaître l'Afrique
auprès du public japonais mais le caractère
négatif de la plupart des informations fournies
contribue à renforcer le manque d’intérêt
général. Il est donc essentiel d’équilibrer
les informations. De ne pas se concentrer uniquement
sur les différentes crises, mais sur les loisirs,
le commerce et les arts dans le but de diffuser une
image positive et engageante de l'Afrique. Les personnes
impliquées dans la promotion du continent doivent
se concentrer davantage sur la diffusion d'informations
d'intérêt général sur l'Afrique
(comptes-rendus d'investissements réussis dans
les pages financières, etc, etc.).
Annexe
Liste des participants au forum des médias
:
1. M. Graham Fry, Ambassadeur britannique (président)
2. M. Mutsuo Mabuchi, PDG, Fondation pour les études
supérieures en matière de développement
(hôte)
3. M. Tatsuo Hayashi, Président du Forum japonais
sur l’Afrique
4. SE Dr Baldwin Sipho NGUBANE, Ambassadeur sud-africain
5. M. Vuyani Lingela, Conseiller S&T de l’Ambassadeur
sud-africain
6. SE James D BABA, Ambassadeur ougandais
7. SE Jean-Christian Obane, Ambassadeur gabonais
8. Mme Akiko Matsunobu, Responsable des relations
publiques, Domaine du marketing et du Commerce équitable,
Peace Winds
9. Mme Sayaka Funada-Classen, Forum sur la société civile
TICAD
10. M. Katsuji Imata, Réseau CSO
11. M. Takamasa Akiyama, Conseiller en chef, FASID
12. M. Motoi Kusaka, Rédacteur en chef, International
Development Journal
13. Mme Reiko Kanise, Présidente d’Aeon
Forest Co Ltd, société de gestion du
Body Shop au Japon
14. Mme Aiko Doden, journaliste et présentatrice
d’un magazine d’actualités, NHK
15. M. Shoichi Nasu, Rédacteur-en-chef, Daily
Yomiuri
16. M. Yotano Fujiyoshi, Service Actualités étrangères,
Mainichi Shimbun
17. M. Hidenaka Kato, Nihon Keizai Shimbun
18. Ms Mika Sugiura, Sankei Shimbun
19. M. Yasuo Ohnuki, Responsable de production, Centre
des programmes spéciaux, NHK
20. M. Yuji Ito, Directeur du service Affaires internationales,
TBS
21. M. Fumihiko Sugiyama, Jiji Press
22. M. Kazuo Hashimoto, Section Actualités étrangères,
Journal de Kyodo
23. M. Shunichi Murakami, Rédacteur adjoint
Affaires étrangères, Asahi Shimbun
24. M. Akifumi Mizuguchi, Directeur adjoint, Division
1st Africa, MFA
25. M. Martin Hatfull, Ministre, Ambassade britannique
26. M. Tom Burn, 2e secrétaire en affaires
politiques, Ambassade britannique
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